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puce Article sur les 10 passions de Patrick Bruel (le 29/06/2007 à 01h27)

Par Caroline Rochmann, journaliste Madame Figaro - People

" Des souvenirs devant" est sans aucun doute le plus personnel et le plus intense de ses albums. Des textes écrits comme autant de déclarations à tous ceux qu'il aime. Confidences.

Lors de la sortie de son dernier album, il y a sept ans - enfin... celui qui précédait ses reprises des vieux succès d'avant guerre, on s'était retrouvés pour déjeuner à l'abbaye de Cernay. Là il m'avait parlé de ses désirs, de ses espoirs, de ses désillusions aussi. Et de celle qu'il ne connaissait pas encore, mais qui, il en était sûr, s'imposerait un jour à lui comme une évidence. Il se sentait prêt, disait-il. Sept ans plus tard, une femme et deux enfants plus tard, nous voici attablés à Paris dans une brasserie chic du VIII e arrondissement. La vie qui va. Et un jeune papa fourbu de n'avoir pas fermé l'oeil de la nuit pour cause de bébé malade. Un même papa qui, la veille, est tombé dans l'escalier, a le dos en compote et se bourre d'antalgiques. Allô maman bobo... Il vous raconte ça presque en se marrant. Et à le voir rajeuni, aminci, on se dit que décidément le bonheur lui va bien.

SES DIX PASSIONS, il raconte

 

Le poker, l'évasion

J'ai commencé par jouer aux échecs, puis, à l'âge de huit ans, mes oncles m'ont initié au poker. J'ai continué au lycée, et c'est devenu une passion. Petit à petit, j'en ai découvert les vertus, le caractère analytique. C'est une  formidable école de comportements humains. C'est aussi un monde très à part qui représente pour moi une soupape, une évasion. Si j'ai renoncé à jouer entre copains jusqu'au bout de la nuit, je continue à participer régulièrement à des compétitions internationales qui me font partir un week-end à Londres, à Amsterdam ou à Las Végas, où je suis devenu champion du monde en 1998. C'est d'ailleurs en regardant la télé aux Etats-Unis que j'ai découvert une émission géniale qui retransmettait les plus grands tournois de poker, avec les plus grands joueurs. J'ai eu l'idée d'adapter cette émission en France et de la proposer à Canl+, en coproduction avec Emmanuel Chain. C'est moi qui en assure les commentaires. L'émission deviendra hebdomadaire à partir du 14 avril.

Philippe Bénichou, mon alter ego

Un artiste peintre également professeur d'art dramatique, à Los Angeles. J'ai connu Philippe à New-York, il y a plus de vingt ans. Initialement, je ne devais rester là-bas que quinze jours, chez une fille brésilienne dont j'étais fou amoureux. Arrivé chez elle, sa mère n'a pas voulu de moi, et je me suis retrouvé seul dans la ville comme un idiot, ne sachant pas où dormir. Des copains de Paris, à qui j'ai téléphoné, complètement désemparé, m'ont donné le numéro de Philippe en me disant : "Appelle-le, il est super sympa, il va te trouver une solution". Philippe m'a hébergé chez lui, et je suis resté à New-York un an et demi. J'y serais bien resté plus longtemps si l'audition du "Charimari", ma première pièce de théâtre avec Maria Pacôme, ne m'avait rappelé à Paris. Philippe est mon double, mon alter ego. Nous avons vécu ensemble des choses très fortes, comme la mort de John Lennon. Si durant toutes ces années, il m'est arrivé de le perdre de vue, je ne l'ai jamais perdu de coueur. Dans mon nouvel album, alors que je n'avais pas de nouvelles depuis un moment, je lui ai dédié une chanson "Gosses en cavale". Au moment où je terminais les dernières images du DVD, le téléphone sonne : c'était Philippe m'annonçant sa visite à Paris. Il est venu à la maison et m' a offert un tableau. Je lui en ai acheté un autre.

La Toscane, l'inspiration

Ou plus exactement Castiglione da Pescaia, un petit village de la Toscane populaire. Nous y avions loué une maison l'été dernier, et c'est là que sont nées la plupart des chansons de mon album. J'adore cet endroit qui ressemble beaucoup à la Provence, avec la mer en plus. L'album, cela faisait près de deux ans que j'en avais les musiques et les thèmes en tête, mais pas forcément les mots et les angles. C'est là-bas que je les ai trouvés. C'est là aussi qu'Amanda m'a proposé pour la première fois le texte de "Je fais semblant". J'étais très touché par la manière incroyable qu'elle avait d'écrire mes souvenirs d'enfance. La nuit suivante, j'écrivais "Adieu". A la fin de notre séjour de dix jours, six chansons étaient écrites. Il y a des vibrations formidables en Toscane! Depuis notre retour, nous rêvons d'y acheter une maison.

Ma mère, amour et pudeur

J'ai toujours entretenu avec elle une relation très forte, mêlée d'amour, de pudeur et d'admiration réciproque. Elle a quitté l'Algérie toute seule avec moi en 1962, et s'est retrouvée tout aussi seule à Paris, où elle ne connaissait absolument personne. Nous nous sommes alors installés à Argenteuil, où elle est devenue institrutrice. C'est à la naissance de mon fils, que j'ai eu envie d'écrire un texte sur ma mère, et en même temps je n'osais pas. J'avais un cahier des charges à respecter : sa pudeur. Ma mère est une femme  discrète qui a vécu mon parcours avec autant d'admiration que de discrétion, mais qui ne s'est jamais mise en avant. Au contraire, elle est toujours restée un peu en retrait. Je n'ai écrit cette chanson, "Raconte-moi", que pour la lui faire entendre. J'avais peur de sa réaction, de heurter sa sensibilité, qu'elle refuse que je la chante. En fait, je crois qu'elle a été très heureuse de voir tout ce que j'avais décelé en elle, même si nous n'en avions jamais parlé ouvertement. Notre pudeur à tous les deux est si forte qu'il y a encore des sujets que nous n'abordons jamais. Peut-être cela viendra-t-il en son temps. Nous nous téléphonons tous les jours. Elle est folle de ses petits-enfants. C'est une grand-mère formidable.

L'opéra, la fascination

J'ai une passion pour l'opéra depuis ma plus tendre enfance. J'ai huit ans lorsque ma mère m'emmène aux arènes de Vérone assister à un représentation de "Aîda". Je suis fasciné. L'année suivante, à Rome, nous nous rendons aux Thermes de Caracalla pour écouter "Tosca". A la maison, je n'écoute pratiquement que de l'opéra, et l'année dernière à Versailles, pour le gala de l'institut Weizmann, je me suis lancé dans un extrait de "Turandot", entouré de 90 musiciens. Une expérience pour laquelle Roberto Alagna lui-même m'avait fait travailler. Le seul endroit où je peux chanter de l'opéra sans emmerder le monde ? Ma voiture, dans mon parking, à quatre heures du matin. J'ouvre grandes les portes de ma Lexus et je m'entraîne.

Le vin , la convivialité

J'en suis un grand amateur depuis longtemps et j'ai d'ailleurs ma propre cave à la maison.  Je ne m'autorise aucun autre alcool. Pour moi, l'oenologie est un art majeur et j'accorde au vin des vertus extraordinaires. J'adore boire à table,car pour moi, le vin se partage. J'y vois le symbole de l'amitié, des retouvailles et de la convivialité. J'apprécie tout particulièrement le Bordeaux, le Bourgogne et aussi les vins de Languedoc, comme celui de la Grange des Prés. J'avais l'habitude de prendre un verre de vin avant d'aller chanter, jusqu'à ce que Roberto Alagna me dise que c'était une catastrophe pour les cordes vocales.

Ma femme et mes enfants, l'évidence

En 1999, j'ai écrit "Juste avant" avec deux mains de femmes anonymes sur la pochette. J'attendais encore le femme de ma vie. Pourtant j'étais sûr qu'un jour elle s'imposerait à moi comme une évidence. Je commençais toutefois à trouver le temps un peu long, et j'ai commencé à m'interroger sur moi-même : qu' y a-t-il en moi qui fait que ma vie sentimentale est un échec ? Qu'est-ce qui empêche cette femme de venir jusqu'à moi? J'ai décidé d'ouvrir les bonnes portes, et Amanda s'est présentée, elle  a donneé un sens à ma vie future, présente et passée. Avoir des enfants m'a fait découvrir deux sentiments nouveaux : l'amour et la peur. Avoir une famille, c'est ne plus se lever le matin pour les mêmes raisons. Ne rien  pourvoir faire, même les choses les plus banales, sans inclure en pensée la femme que l'on aime. N'être plus jamais seul, même quand l'autre n'est pas là. C'est pour elle que j'ai écrit "J'm'attendais pas à toi". Jusqu'à notre rencontre, je n'écrivais que des chansons qui se cassaient la gueule. Depuis, je suis incapable d'écrire des chansons tristes. Je suis en panne de mélancolie. Cet album n'est en fait qu'une déclaration d'amour aux gens que j'aime...

Les personnes âgées, le lien infini

J'ai une énorme tendresse pour les personnes âgées. Peut-être parce que c'est mon grand-père, un homme exceptionnel, qui m'a élévé, qui m'a servi de père de substitution. Dans la famille, on l'appelait "le fils spirituel de Jaurès". C'est lui qui m'a transmis le sens des valeurs, une certaine façon d'appréhender la vie. Le voir partir avec un peu moins de sa tête et de sa mémoire a été très dur. Ma grand-mère, avec qui il avait été marié de si longues années, est décédée dix jours après. Elle n'a pas su vivre sans lui. A la sortie de mon album "Entredeux" j'ai été sollicité par plusieurs maisons de retraite. J'ai pris ma voiture et je suis allé dans certaines d'entre elles. Pendant deux ou trois heures, je bavardais avec les pensionnaires, à qui ce répertoire rappelait leur jeunesse. J'ai senti beaucoup de pudeur, de tristesse, de solitude aussi. Les personnes âgées ont donné beaucoup, ont été là pour les autres, et elles se retrouvent pour certaines dans une solitude effrayante. Je trouve que dans notre pays, dans la vie quotidienne, on ne fait pas grand-chose pour leur faciliter la vie.

Le foot, les vibrations

Une autre passion d'enfant. J'ai commencé à six ans, en caressant le rêve de devenir footballeur professionnel. En 1975, ma maman, mes grands-parents et mes oncles m'ont interdit de me rendre à l'INF Vichy, qui m'avait sélectionné après m'avoir vu jouer au PUC. Quand je suis arrivé triomphant devant ma mère pour lui annoncer la nouvelle, elle m'a dit : " Pas question, il n'y a aucun avenir là-dedans, une carrière de joueur professionnel s'arrête très tôt. Que deviendras-tu après? ". Ma passion elle, est demeurée intacte. Dés que mon fils aîné a su marcher, je lui ai acheté son premier ballon de foot. Il en est déjà à son troisième, et j'ai l'impression qu'il est doué!

Dominique Sopo (Président de Sos Racisme) contre tous les racismes

J'avais quitté ce mouvement en 1990, en désaccord avec les positions qui avaient été les leurs durant la guerre du Golfe. Je l'ai réintégré depuis que Dominique Sopo en a pris la présidence, lui redonnant tout son sens. C'est un homme qui se bat contre tous les racismes, toutes les intolérances, toutes les descriminations. Sa lutte contre l'antisémitisme me touche beaucoup, surtout dans le contexte actuel

Fin de cet article qui fait bien ressortir toute l'émotion, la pudeur, le grand coeur, la sensibilité et l'humanisme de Patrick

 

 

 

 

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